L’illusion est-elle à opposer au concept de réalité ?

Maintenant, repris-je, pour avoir une idée de la conduite de l’homme par rapport à la science et à l’ignorance, figure-toi la situation que je vais te décrire. Imagine un antre souterrain, très ouvert dans toute sa profondeur du côté de la lumière du jour ; et dans cet antre des hommes retenus, depuis leur enfance, par des chaînes qui leur assujettissent tellement les jambes et le cou, qu’ils ne peuvent ni changer de place ni tourner la tête, et ne voient que ce qu’ils ont en face. La lumière leur vient d’un feu allumé à une certaine distance en haut derrière eux. Entre ce feu et les captifs s’élève un chemin, le long duquel imagine un petit mur semblable à ces cloisons que les charlatans mettent entre eux et les spectateurs, et au-dessus desquelles apparaissent les merveilles qu’ils montrent. Je vois cela. Figure-toi encore qu’il passe le long de ce mur, des hommes portant des objets de toute sorte qui paraissent ainsi au- dessus du mur, des figures d’hommes et d’animaux en bois ou en pierre, et de mille formes différentes ; et naturellement parmi ceux qui passent, les uns se parlent entre eux, d’autres ne disent rien. Voilà un étrange tableau et d’étranges prisonniers. Voilà pourtant ce que nous sommes. Et d’abord, crois-tu que dans cette situation ils verront autre chose d’eux-mêmes et de ceux qui sont à leurs côtés, que les ombres qui vont se retracer, à la lueur du feu, sur le côté de la caverne exposé à leurs regards ? Non, puisqu’ils sont forcés de rester toute leur vie la tête immobile.

Platon, La République, trad. Victor Cousin (1833). livre VII : le mythe de la caverne.

On fait appel au concept d’illusion pour parler d’effet d’optiques, mais aussi de projections qu’on se fait sur l’avenir (on parlera aussi de désillusions si ces projections ne se réalisent pas), pour parler de magie ou de prestidigitation (un « illusionniste ») pour parler de fausse perception de la réalité, ou de quelqu’un qu’on juge avoir trop d’espoir sur une situation : « il se fait des illusions ». Plus généralement, l’illusion en philosophie et lorsqu’elle est abordée par les écrivains ou les scénaristes, évoque l’illusion métaphysique, ce qu’on approfondira ici. Elle revêt différentes définitions selon les époques ou les auteurs, mais elle rejoint souvent la conception platonicienne que décrit l’Allégorie de la Caverne dans le livre VII de La République. L’illusion du réel serait une évidence, la réalité elle-même ne serait qu’illusion. Le monde des ombres, dans lesquels évoluent les hommes du Mythe de la caverne, ne serait qu’une réflexion, un spectacle de lumière qui cacherait le monde réel. L’illusion est-elle à opposer au concept de réalité dans la la littérature ? Ce qu’on perçoit, le monde sensible, est-il le monde réel ? Peut-on se fier à nos perceptions ? Comment la littérature traduit-elle ces questions métaphysiques ? Quelles sont les différentes visions des auteurs ? Le sujet, ici l’auteur ou le philosophe, doit souvent faire face à des doutes, on le verra avec Tchouang Tseu, Borges ou Descartes. On évoquera ensuite la mise en scène de la réalité qui amuse les dramaturges comme Shakespeare, Corneille, ou le réalisateur Peter Weir. Enfin, on abordera la frontière mince entre l’illusion et le réel que les auteurs aiment illustrer en abordant Lewis Caroll ou Philipp K Dick.

  1. Le doute

Le sujet est représenté face à des doutes, en littérature ou en philosophie. En effet, le monde qui nous entoure ne semble pas suffire à définir le réel. De plus, la réalité peut être trompeuse, comme le rêve. La parabole de Tchouang Tseu illustre ce propos dans le rêve du papillon. Le moine s’endort et rêve alors qu’il est un papillon. C’est en se réveillant qu’une question l’envahit : est-il le moine qui a rêvé ou bien un papillon qui rêve qu’il est un moine ?

« Zhuangzi rêva une fois qu’il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu’il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s’il était Zhuangzi qui avait rêvé qu’il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu’il était Zhuangzi. Entre Zhuangzi et un papillon, il doit bien exister une différence ! C’est ce qu’on appelle la Transformation des choses. »

Tchouang-tseu, Zhuangzi, chapitre II, Discours sur l’identité des choses

Comment savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ? Sans donner de réponse, la question est soulevée. La parabole du moine vient interroger sur la réalité qui nous entoure, et le mystère des rêves. Le Rêve du papillon aussi apparaît dans plusieurs références dans l’essai de Jorge Luis Borges, Nueva refutación del tiempo :

El tiempo es la sustancia de la que estoy hecho.
El tiempo es un río que me arrebata, pero yo soy el río; es un tigre que me destroza, pero yo soy el tigre;
es un fuego que me consume, pero yo soy el fuego. El mundo desgraciadamente, es real; yo, desgraciadamente, soy Borges.

Borges émet l’idée que dans le temps qui existe, la succession des événements ou la continuité temporelle est une illusion. Le temps et ses possibilités d’exploration ludiques et poétiques constituent un des piliers centraux de l’œuvre de Borges. En s’intéressant au point de vue, aux perceptions, il peut avancer l’idée qu’il existe plusieurs dimensions, autant de dimensions que d’expérimentateurs du temps :

“Cada instante es autónomo. Ni la venganza ni el perdón ni las cárceles ni siquiera el olvido pueden modificar el invulnerable pasado. No menos vanos me parecen la esperanza y el miedo, que siempre se refieren a hechos futuros; es decir, a hechos que no nos ocurrirán a nosotros, que somos el minucioso presente. Me dicen que el presente, el specious present de los psicólogos, dura entre unos segundos y una minúscula fracción de segundo; eso dura la historia del universo. Mejor dicho, no hay esa historia, como no hay la vida de un hombre, ni siquiera una de sus noches; cada momento que vivimos existe, no su imaginario conjunto. El universo, la suma de todos los hechos, es una colección no menos ideal que la de todos los caballos con que Shakespeare soñó —¿uno, muchos, ninguno?— entre 1592 y 1594. Agrego: si el tiempo es un proceso mental ¿cómo pueden compartirlo millares de hombres, o aun dos hombres distintos?”.

JORGE LUIS BORGES, Nueva refutación del tiempo. En Obras Completas, Otras Inquisiciones (1952), Emecé Editores, Buenos Aires, 1974, p.762

Borges remet en cause la réalité selon laquelle la temporalité règnerait sur le choses en se plongeant dans le doute sur la perception du temps. Il invite Berkeley et Hume dans ses réflexions poétiques. Les certitudes sont difficiles à identifier. La croyance d’une personne au temps présent est un critère de détermination de l’expérience.

Cela rappelle les questions de Descartes lors des Méditations métaphysiques. Descartes déconstruit la vérité admise par la doxa pour trouver des certitudes. En avançant pas à pas au fil des chapitres, il doute de lui même, de ses rêves, des mathématiques, de Dieu. Qu’est ce qui prouve sa propre existence, alors que, nous confie-t-il, quand il rêve qu’il est habillé il est en fait « tout nu dedans son lit » ? Parfois, donc, les sens sont trompeurs et il est ainsi permis d’en douter. La fameuse conclusion « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode a été corrigée par le philosophe lui même car, il décide d’écrire plus tard « je suis, j’existe » sans la conjonction « donc » qui impliquerait une relation de cause à effet. L’immédiateté et l’interdépendance de l’effet est transmis par la virgule. Ce n’est pas parce qu’il pense qu’il est, mais les deux réalités sont interdépendantes. Le doute métaphysique l’envahit et il construit une stratégie pour trouver des vérités. Il argumente par prolepses, en anticipant tout ce qu’on pourrait contredire, ce qui donne une œuvre philosophique majeure. La méthode employée par Descartes est de déconstruire les vérités par le doute afin de trouver des certitudes absolues, indubitables. La réalité et l’illusion sont liées mais la vérité que Descartes assure avoir trouvée est l’existence du sujet.

Le vertige métaphysique dans lequel plongent ces auteurs pose la question de la frontière entre illusion et réalité. D’autres auteurs choisissent de s’intéresser à cette même question de façon plus ludique, par le jeu théâtral (Shakespeare), la mise en abyme (Corneille) ou la mise en scène de l’idée (Peter Weir).

2. Illusion et représentation

La réalité du monde est mise en scène par la littérature ou le cinéma, sa représentation fait réfléchir les auteurs sur le côté illusoire du monde. Deux thèmes majeurs de l’œuvre de Shakespeare, inspiré entre autres par Sénèque, sont l’illusion et la réalité. Dans Hamlet par exemple, ces thèmes sont centraux. Shakespeare vient brouiller les frontières entre illusion et réalité en illustrant que la distinction n’est pas aussi claire qu’elle paraît. C’est l’individu qui décide ce qui est réel ou non. La connaissance et l’expérience seraient des critères de vérités, mais ils pourraient être trompeur. Hamlet s’ouvre sur la discussion de soldats parlant d’un fantôme ; ce fantôme, pilier de l’intrigue, permet à Shakespeare d’explorer l’illusion et la réalité.

All the world’s a stage,
And all the men and women merely players: They have their exits and their entrances; A nd one man in his time plays many parts.

Shakespeare in As you like it

Corneille lui, met en avant les ambiguïtés entre jeu, réalité, perception et illusion dans L’illusion comique en 1636. Par la mise en abyme sublimée par la comédie, il ouvre une porte de réflexion sur la perception de la réalité. Pridament, le père de Clindor, est désespéré, il n’a pas vu son fils depuis des années. Il va voir le mage Alcandre qui va lui projeter l’illusion de la vie de son fils. Pendant 4 actes, Pridament assiste à la vie de son fils jusqu’à la mort de Clindor. Le dénouement repose sur une mise en abyme et l’apologie de l’art théâtral. Le père de Clindor est finalement le spectateur d’une pièce de théâtre orchestrée par Alcandre. Le théâtre est une illusion, semble vouloir nous dire Corneille, une copie de la réalité, qui elle même serait une illusion. Par un jeu de théâtre dans le théâtre, les personnages trompent et sont trompés.

Le cinéma aborde aussi cette représentation de l’illusion, avec par exemple Truman show de Peter Weir : Truman, interprété brillamment par Jim Carrey, vit un mariage heureux dans un quartier tranquille. Pourtant, quelque chose semble l’intriguer. Il prend peu à peu conscience de certaines incohérences dans sa vie. Après une rencontre perturbante et une longue observation, il est convaincu que son existence est une mise en scène. Le film montre son épopée pour sortir de son monde studio. En effet, il vit sous un dôme imitant le ciel, et sa ville est entourée d’une mer artificielle. Toute son existence est simulée et filmée puis retransmise dans un show de télé réalité depuis l’enfance. Sa famille, ses voisins, ses amis, sont des acteurs ou figurants de l’émission. Le « big brother » aux manettes du show, Christopher, est une sorte de directeur tout puissant de la vie de Truman. Les placements produits de ses amis à des fins publicitaires sont nombreux. Peter Weir s’intéresse au déterminisme en plaçant un homme au centre de toutes les attentions.

Le cinéma ou le théâtre illustrent par leurs mécanismes basiques le jeu de bascule possible entre vérité et représentation, théâtralité et illusion. Il est plus aisé de soutenir une idée via l’histoire que raconte un film ou une pièce, le conte ou la fable. L’imagination, la science fiction et la philosophie restent les media favoris des penseurs contemporains qui se posent la question de l’illusion.

3. Les interrogations contemporaines

On peut se demander où commence le réel, et en quoi la fiction aime imager les minces frontières entre illusion et réalité. Lewis Caroll par exemple, avec Alice, explore des thèmes tels que l’imagination, l’illusion, la conscience, le temps, le rêve, la réalité, le pouvoir. Rêve, hallucinogène, cauchemar ou pays merveilleux ? Le conte fait côtoyer une petite fille à bien des péripéties. Même si l’histoire est connue de tous, surtout par ses reprises cinématographiques (Walt Disney, Tim Burton), la réflexion autour du monde d’Alice est possible : quand commence le rêve ? L’illusion est-elle une fatalité ?

« La réalité, c’est ce qui continue d’exister quand on cesse d’y croire »

Philippe K Dick

Auteur prolifique de sciences fiction du XXème siècle, Philippe K Dick inspire de plus en plus de réalisateurs de films comme Steven Spielberg avec Minority Report ou Ridley Scott avec Blade Runner. Parfois décrié à son époque, un brun paranoïaque, Philippe K. Dick se pose la question de la perception dans chacun de ses ouvrages ; est-elle une illusion ou même un système extérieur créé de toutes pièces par une intelligence supérieure ? Visionnaire, certaines de ses œuvres deviennent prophétie. Il déconstruit la réalité, non pas à la manière de Descartes mais en utilisant la science fiction. Le doute ontologique se fait une place dans le récit futuristes et dystopique. Le roman devient métaphysique. L’auteur s’interroge sur la réalité, la divinité, son existence.

“All we know is that things happen. More accurately, God is the urging-forward force within all things, and all things (if “things” can be spoken of at all) are alive. The ontological matrix is a way in which His urging or thinking is manifested; so in that respect I think it’s not time which moves forward, carrying us with it like a great tide, but that we are driven forward all of us together, animate and inanimate.”
― Philip K. Dick, The Exegesis

K. Dick inspire encore Hollywood, directement ou indirectement. Des films comme Inception ou Matrix ne sont pas tirés de romans de K. Dick mais s’inspirent de plusieurs théories de l’auteur. Les sœurs Wachowski réalisent Matrix : la matrice serait un système alimenté par les êtres humains, et ils seraient même utilisés pour la contrôler. La trilogie, qu’on rapproche souvent du Mythe de la caverne, met en scène Néo, un être lambda au premier abord mais qui se révèle petit à petit être « l’élu », celui qui aurait les capacités de combattre des forces supérieures.

« – Everything begins with choice

– No, Wrong. Choice is an illusion created between those with power and those without »

Matrix des sœurs Wachowski

Par les dialogues entre les personnages, et le scénario construit avec perfectionnisme, les réflexions philosophiques sur l’existence, la perception, Dieu, sont abordées en gardant comme axe majeur la pensée autour de l’illusion. Le personnage de Morpheus par exemple offre la possibilité de sortir de l’illusion de la matrice et de confronter le héros à la réalité, qui est l’expérience de la machine qui exploite les hommes, et les met en danger. Plus récemment, dans Inception, le réalisateur Christopher Nolan nous transporte dans un univers onirique nouveau. Les personnages du film sont en capacités de créer leurs propres rêves, et même de s’insérer dans ceux des autres, afin d’insérer le germe d’une idée qui se développerait dans le monde physique, c’est l’inception. La question centrale du film, avec la scène finale en particulier, est de discerner le moment du rêve de celui du réel. K. Dick inspire aussi la littérature contemporaine, notamment Greg Egan. Ces réflexions illustrées en littérature et au cinéma poussent les penseurs contemporains à s’intéresser à ce domaine, comme le jeune philosophe français chercheur au FNRS François Kammerer. Inspiré entre autres par Wittgenstein, il soutient la thèse contemporaine dérangeante de l’illusionnisme. L’expérience consciente n’existe pas, elle semble simplement exister. On a l’illusion d’entrer dans certains états mentaux. On est surs d’être, au moment présent, conscients. Il nous semble absurde d’avancer que notre conscience est une illusion. La théorie prédit que le jugement personnel d’avoir la certitude d’être conscient sans faire appel à la conscience elle-même est impossible : « Le mécanisme par lequel on s’attribut des états conscients, l’introspection, est très proche de celui par lequel on évalue nos situations épistémiques, c’est à dire ce qui nous apparaît. » La conscience est l’endroit ou ce qui apparaît et la réalité se rejoignent. Cette position contre intuitive et minoritaire dans le monde de la philosophie d’affirmer que la conscience est une illusion que de plus en plus de philosophes suivent ces dix dernières années n’est pourtant pas nouvelle. Le bouddhisme par exemple évoque un monde d’illusions. Même si selon Kammerer « l’immédiateté de l’introspection nous pousse à avancer le contraire », à dire que le monde sensible est tangible, réel, la thèse de l’illusion n’est pas à écarter.

Source : Vidéo Youtube, interview de François Kammerer par Monsieur Phi

Nick bostrom va plus loin avec la théorie de la simulation : il envisage une réalité simulée. Selon ce philosophe suédois, il n’est pas improbable que notre univers soit le fruit d’une simulation. L’être humain a toujours été intéressé par la création d’autres univers : histoires, jeux de rôles, jeux vidéos, réalité virtuelle. De plus, toujours selon Bostrom il n’est pas impossible qu’on atteigne ce qu’il nomme la maturité technologique, qui permettrait de recréer une intelligence artificielle dotée de conscience. Alors qu’est ce qui prouve, se demande-t-il, que la réalité dans laquelle nous évoluons n’est pas une simulation projetée depuis une civilisation plus avancée ?

Voilà précisément, cher Glaucon, l’image de notre condition. L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir : Dieu sait si elle est vraie. Quant à moi, la chose me paraît telle que je vais dire. Aux dernières limites du monde intellectuel, est l’idée du bien qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de beau et de bon ; que dans le monde visible, elle produit la lumière et l’astre de qui elle vient directement ; que dans le monde invisible, c’est elle qui produit directement la vérité et l’intelligence ; qu’il faut enfin avoir les yeux sur cette idée pour se conduire avec sagesse dans la vie privée ou publique.

Platon, La République, trad. Victor Cousin (1833). livre VII : le mythe de la caverne.

Ainsi la réflexion qui pousse les auteurs à s’intéresser à la fiabilité de nos perceptions est commune, et de plus en plus de philosophes et scientifiques s’intéressent à la probabilité d’une telle théorie. Pourtant, il est bienvenu de tempérer cette idée afin de pouvoir apprécier le monde sensible et ce qu’il apporte. On est dans la caverne, y compris dans notre esprit, et malgré le côté terrifiant qu’amène cette idée, il y a une certaine poésie qui se dégage de cette thèse. Le plus souvent, l’illusion n’est pas le contraire de réalité, mais elle s’inscrit dans la réalité, l’illusion est ancrée dans le réel. L’art, selon Hegel, serait une des clés pour accéder à la véracité de l’existence :

« L’art creuse un abîme entre l’apparence et illusion de ce monde mauvais et périssable, d’une part, et le contenu vrai des événements, de l’autre, pour revêtir ces événements et phénomènes d’une réalité plus haute, née de l’esprit. C’est ainsi, encore une fois, que loin d’être, par rapport à la réalité courante, de simples apparences et illusions, les manifestations de l’art possèdent une réalité plus haute et une existence plus vraie. »

G. W. F. Hegel, Introduction à l’Esthétique. Le Beau, S. Jankélévitch, Flammarion, 1979, p. 30.