Journal au Nepal

Mercredi 21 novembre

Je découvre Katmandu depuis quelques jours. Après l’effervescence indienne et son carnaval d’odeurs et de parfums, le Népal semble plus calme. Tout de suite, l’air frais pénètre en amenant la sérénité du pays. Moins d’agressions ressenties, les personnes semblent nous parler d’égales à égales. Bien sur, le tourisme prend une place importante, surtout dans le quartier de Thamel ou l’on croise plus d’étrangers que d’habitants. Les rapports humains cependant ont l’air plus francs et moins intéressés qu’en Inde. Malgré la fraîcheur, l’air est parfois tant irrespirable que je mime les habitant en achetant vite un masque chirurgical pour me protéger de la poussière ambiante. Nombreux sont les endroits reconstruits mais demeurent de façon omniprésente dans la ville les ruines du tremblement de terre de 2015. Les travaux et tout le sable amené pour la fabrication du ciment rendent les rues poussiéreuses dans les moindres recoins de la capitale. Le trafic et l’essence de piètre qualité rejetée par des pots d’échappements crasseux viennent se mélanger à cette atmosphère parfois apocalyptique. Pourtant, elle se fait vite oublier : l’accueil chaleureux, cette impression étrange d’être bienvenus, le sourire des népalais sont autant d’éléments qui me charment dès les premières heures. Je me demande si les pays qui n’ont jamais été colonisés par des européens ont une approche différente avec les touristes d’aujourd’hui. On s’arrête dans un petit espace qui donne sur la rue. Des tables en bois et des tabourets en plastiques sont aménagés de façon à pouvoir asseoir sept ou huit personnes. Une cuisine ouverte minuscule sert d’environnement de travail au chef qui prépare de petites ravioles à base de farine de riz, d’eau et de levure. Garnies de légumes et accompagnés d’une sauce chaude fumante, ils constituent le plat le plus connu du pays : les momo. La finesse du mets dépend surtout de celui ou celle qui le prépare mais rarement il déçoit. Je me régale en dégustant ces sortes de gyoza qui ravivent en moi des souvenirs d’Orient encore brulants. Je n’aurai pas d’accès à mon ordinateur portable que je laisserai à Katmandu ces prochains jours. Je rendrai donc cette partie de journal avec du retard. Par souci d’économie et de liberté, nous souhaitons partir randonner pendant plusieurs jours dans le parc du Langtang, sans guide et sans porteur. Ces derniers jours nous ont donc permis de nous préparer au trek.

Jeudi 22 novembre

Nous partons de Buddha Hostel à cinq heure trente. Il fait toujours nuit. Nous rejoignons l’arrêt de bus en avance, et nous attendons dans un café déjà ouvert. L’homme prépare des samossas pour la journée et on lui demande deux Chai Masala. Je suis toujours fascinée de voir une ville doucement se lever. À l’aube, les moteurs se font déjà entendre un peu partout. Certains travailleurs se pressent et croisent parfois les trieurs de déchets qui s’activent devant les immeubles. Comme souvent pendant les journées de transport, l’attente est longue et l’ennui me gagne. L’ennui sera vite oublié après le départ du bus. Les routes escarpées transforment les 100 kilomètres qui séparent Katmandu de l’entrée du parc du Langtang en 8 heures de rodéos continues sur des pistes de terres. Le chemin longe des ravins pendant des centaines de mètres. Un garçon est posté à la porte du bus et siffle des airs au chauffeur pour lui transmettre des informations. Il doit avoir moins de vingt ans. Sa coupe de footballer en vogue, son style travaillé et son jeans délavé lui donner un air de chanteur de boys band suranné. Je suis en admiration devant la complexité des mélodies qu’il peut siffler. Un langage semble s’être instauré au fil des nombreux trajets entre le chauffeur qui recule, freine, accélère suivant les chants entendus. Il est clair que les messages sont compris et je reste admirative devant ce spectacle dont certaines subtilités m’échappent complètement. Malgré cette symbiose, un moment d’inattention de l’un ou l’autre fait que la porte du bus s’arrache contre un arbre longeant la piste. Le spectacle devient moins amusant et le côté rassurant de leur jeu me quitte. Les dernières heures du trajet sont de plus en plus effrayantes, les virages plus serrés, la route plus bosselée. Je me surprends à fermer les yeux comme si j’étais dans une attraction de fête foraine. L’arrivée au village appelé Siaprubesi qui marquera le début de notre trek m’apporte une impression de victoire et de soulagement. Je remercie le chauffeur en sortant. Nous dormirons ici cette nuit.

Vendredi 23 novembre

Nous entamons le chemin par l’accès difficile. Nous choisissons de passer par les crêtes, et très vite nous apercevons des sommets enneigés de l’Himalaya. Pour cette première étape, nous nous arrêtons à Sherpagaon. Nous rencontrons Ang dans la maison où nous restons cette nuit. Nous nous joignons à lui pour la soirée que nous passons à jouer de la guitare, rire, chanter et surtout écouter ses nombreuses aventures. Je me suis amusée à écrire son histoire à la première personne, en me disant que sa vie était digne d’un roman :

C’est près de là où coule le Langtang Khola que se trouve la petite maison de pierre où j’ai grandi. Il faut marcher six heures depuis Syaprubesi pour y arriver. Il n’y a pas de route mais un sentier qui grimpe jusqu’à mon village. D’abord traverser la rivière, puis prendre la direction du mont Kyanjin, grimper. S’arrêter boire un thé a gaon puis passer la la forêt avant d’arriver à Sherpagaon : mes arrières grands parents ont décidé de s’y installer après s’être fait chasser du Tibet, comme tous les habitants ou presque des environs. Le Népal, à quelques centaines de mètres du Tibet, a accueilli mon peuple dans ses montagnes himalayennes. Enfant, je me souviens jouer avec les yaks et les mules qui passent devant la maison. Je leur jette des cailloux avec les autres enfants des quelques maisons du village. A l’âge de six ans, mes parents m’envoient à Katmandu dans un monastère bouddhiste. Education, logement, nourriture sont pris en charge dans le monastère. Cette décision est un compromis entre foi et pragmatisme. Je peux étudier, prier, et très vite je monte un intérêt pour l’anglais. Après quelques années, je suis désigné pour faire le lien entre les étrangers de passages et le monastère. Mes parents m’offrent un portable, j’ai alors dix sept ans. Ils accueillent les touristes qui font la randonnée du Langtang et grâce a leurs revenus et leurs maigres dépenses, leurs finances sont confortables. J’accède tous les soirs depuis ma chambre a un nouveau monde. Je peux regarder avec plaisir des vidéos sur YouTube. Ce qui me passionne, ce sont les musiques américaines. Très vite, un ami m’offre une guitare d’enfant. Petite, elle est plus facile à dissimuler. Les moines bouddhistes ont interdiction de jouer de la musique. Je joue donc silencieusement les cordes en imitant les artistes que je regarde quand tous les moines sont endormis. Un soir, on me surprend et après un conseil général, on décide de me donner un avertissement. C’est au troisième avertissement que je me fais exclure du monastère de Katmandu. Je retourne auprès de ma famille à Sherpagaon, et j’ouvre un gîte, « hello trekkers homestay ».

Samedi 24 novembre

Le thermomètre est descendu à moins dix la nuit dernière. Les tuyaux permettant d’amener l’eau des ruisseaux en amont au village sont encore gelés 4 heures après le lever du soleil. La montée en altitude ne promet pas des températures plus clémentes. Nous disons au revoir à Ang et échangeons nos numéros de téléphone avant de repartir. La diversité des paysages que nous traversons m’impressionne. Forêt, bord de rivière, vue sur les pics allant touchant les cimes. Les conditions sont bonnes et le ciel

d’une clarté cristalline est d’un bleu profond. Chargés, nous montons doucement. Nous traversons des ruines et beaucoup de terrain ayant subi des éboulements : le tremblement de terre de 2015 a particulièrement touché cette région et beaucoup de villages ont été emportés. Je sens des larmes rouler sur mes joues au moment de traverser un village qui n’est plus. La vie est encore palpable. On distingue ici une cuisine derrière un mur défoncé, et là des toilettes. Les habitants ont-ils eu le temps de déguerpir ? Nous nous dirigeons vers Godatabela aujourd’hui. Nous arrivons avant le coucher du soleil dans la maison conseillée par Ang rencontré la veille. Un cheval tibétain robe Isabelle est posté, immobile et calme, devant la maison. Ce soir à nouveau on nous donnera des seaux d’eau bouillante pour se laver. On savoure le luxe de pouvoir se réchauffer.

Dimanche 25 novembre

En route pour le village appelé aussi Langtang, nous rencontrons une femme qui nous apprend des mots de tibétains. Après cette rencontre, on ne dira plus « namaste » pour dire bonjour en népalais mais « tachidelek ». Ce geste touche beaucoup et certaines personnes vont jusqu’à nous remercier de l’effort. Elle est amicale et nous emmène dans sa lodge située à Singdum, une heure de marche après notre arrêt prévu. Comme promis, elle a une charmante maison, et un jardin entouré de panorama époustouflants. Tseling demande à Danilo de lui entrer un code sur son portable. Elle a un accès à internet limité qu’elle a payé et ne savait pas comment l’utiliser. Avec son anglais irréprochable, il est difficile d’imaginer pour nous qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Elle me confie qu’elle peut seulement lire les chiffres de 1 à 10. Elle peut compter l’argent en connaissant bien les différents billets. Elle est ravie car elle peut appeler son fils qui fait ses études en France depuis deux semaines. Les propriétaires de gites n’ont pas grande utilité de l’argent gagné, ils vivent frugalement. Ils descendent tous les six mois à Katmandu, un sac sur le dos rempli de billets. Ils placent leurs sous pour leurs enfants et les envoient dès que possible en Australie ou à Londres, Paris ou Tokyo pour étudier. On parle par appel vidéo avec son fils qui est à Metz. L’ironie de la situation me fait sourire. Je suis comblée par cette femme heureuse de pouvoir appeler son fils. La différence entre sa vie, rude et isolée, et le destin de ses enfants est immense. Le soir on prépare avec elle les fameux momo et on se réchauffe près du poêle dans la cuisine. J’aime la voir cuisiner, se concentrer à la tâche. On l’entend réciter des prières pendant son travail, chants à peine articulés, graves et rythmés. Même balayer le sol devient un rite sacré pour ces commerçants himalayens. De temps en temps les cloches des yaks sonnent le long du sentier.

Lundi 26 novembre

Nous restons chez la sœur de Tseling à Kianjin Gompa après l’ascension à 4700 mètres du Kianjin Ri. Je souffre légèrement de l’altitude malgré le bouillon à l’ail prescrit au petit déjeuner. Je bois beaucoup pour éliminer cette impression de crane comprimé, et la douleur passe doucement.

Mardi 27 novembre

Nous revenons sur nos pas pendant toute la journée jusqu’au village appelé du nom de la seule auberge du coin, Riverside. La descente abrupte et pentue ajoutée à la fatigue accumulée des jours de marches précédents accentue les sensations corporelles, parfois douloureuses.

Le soir, nous jouons aux cartes et au Ukulélé. L’instrument intrigue à chaque fois les habitants du Langtang, qui ont un instrument traditionnel similaire à 3 cordes contrairement au notre qui en a quatre. Un des sherpas présents dans la pièce s’insurge ironiquement lorsqu’il découvre le « made in china » inscrit à l’intérieur du caisson. « Ils nous volent aussi la musique ! ».

Cette immersion dans la vie des montagnes qui bordent le Tibet me transporte. J’ai plus que jamais la chance d’approcher une façon de vivre à l’opposé de celle connue. Ce vertige de l’inconnu, je le touche ici. Les rencontres de cette semaine amènent en moi l’idée que des conditions extrêmes rendent les gens plus solidaires entre eux, que les barrière étrangers et locaux s’estompent plus clairement qu’à l’habitude. Jamais je n’ai connu une telle sensation à part lorsque je vivais au Japon. Cette impression qu’au delà des frontières et des différences l’humanité ne forme qu’une solide entité. Le voyage est intérieur. Certains n’ont pas besoin d’être loin de chez eux pour approcher ces sentiments. Je les envie.

L’Empire des signes

À travers des fragments d’impressions, Roland Barthes transporte son lecteur dans le Japon qu’il a expérimenté à la fin des années soixante. L’Empire des signes dévoile avec grâce et de façon intemporelle des observations variées sur un pays qui suscite une fascination intarissable. Le mystère japonais est offert, transmis délicatement sans jamais prétendre être résolu.

Rares sont les auteurs qui reviennent d’un voyage avec une analyse si humble et pertinente. Du repas typique au haïku millénaire, Roland Barthes évoque des moments, des curiosités. Il ne prétend pas décrire une culture, d’ailleurs plusieurs fois il aborde la difficulté de traduire l’intraduisible, pleinement conscient que son système culturel l’en empêche. Il assume pleinement son regard subjectif d’occidental en soulignant son incompréhension face aux symboles que la culture japonaise présente, aux signes opaques et subtiles qu’elle envoie.

Un voyage littéraire

Cet essai ouvre de nouvelles portes à chaque lecteur. Roland Barthes analyse la structure de la ville où le centre-ville devient le « centre vide ». Il peint ses impressions sur l’art théâtral où les marionnettes deviennent le prisme d’observation de tout le système culturel. L’auteur décrit la langue comme une clé d’accès à l’âme nippone, sans oublier de rappeler sa place de voyageur, entre intelligence et naïveté.

Cette lecture rythmée par des chapitres courts vous envoie des bouts de Japon, et sans prétendre à une exhaustivité incertaine elle en saisit l’essentiel. Nul besoin d’être connaisseur de la culture nippone pour se prendre d’amour pour cet ouvrage qui mêle avec brio poésie et théorie. La finesse de l’observateur vous dévoile des instants, un regard sur la méditation, sur le vide, sur la différence, et saisit avec justesse l’esprit du Japon, ce qui en fait l’essence.

La rédaction web : par où commencer ?

Qui peut devenir rédacteur web ? 

Devenir rédacteur web ne s’improvise pas et demande certaines compétences. D’abord, le béaba sera d’avoir un bon niveau en orthographe et une syntaxe irréprochable. Si vous êtes de façon naturelle à l’affut des fautes dans des articles, livres ou mails, c’est un bon indice pour savoir si vous pouvez vous lancer. L’expérience de l’écriture est un plus, mais si vous n’avez jamais eu l’occasion de travailler votre plume il n’est pas trop tard. Ce métier demande avant tout des compétences de réactivité, de recherche, de curiosité et un esprit de synthèse. 

Quelles compétences acquérir avant de se lancer ? 

Il est bien vu de se familiariser avec les stratégies de référencement naturel ou SEO (Search Engine Optimisation), afin de proposer aux clients des textes qui leur permettent d’apparaître dans les premières pages des moteurs de recherche, en gardant en ligne de mire notre meilleur allié en terme de référencement, Google.

Quel statut choisir ? 

La rédaction web optimisée SEO, ou encore copywriting, peut se faire de façon autonome, en ligne, en optant pour le travail à domicile. Souvent, les rédacteurs web choisissent le statut de freelance. La micro-entreprise (auto-entrepreneur) vous permet de débuter sans payer de taxes la première année. L’Accre est désormais pour tout le monde sans condition d’âge. Voici le site officiel qui ne vous demandera pas de payer de frais supplémentaires pour créer votre statut d’auto-entrepreneur : https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr

Quels sites pour devenir rédacteur web ? 

Plusieurs plateformes de rédaction s’offrent à vous, certaines sont spécialisées dans la rédaction, d’autres dans le travail en freelance en général. Voici les deux sites que j’ai commencé à appréhender jusqu’à maintenant : 

textbroker.com

textmaster.com

redacteur.com

Si vous avez des questions, des critiques, ou des demandes professionnelles, je vous invite à laisser un commentaire ou à m’envoyer un message via le formulaire de contact du site. 

L’illusion est-elle à opposer au concept de réalité ?

Maintenant, repris-je, pour avoir une idée de la conduite de l’homme par rapport à la science et à l’ignorance, figure-toi la situation que je vais te décrire. Imagine un antre souterrain, très ouvert dans toute sa profondeur du côté de la lumière du jour ; et dans cet antre des hommes retenus, depuis leur enfance, par des chaînes qui leur assujettissent tellement les jambes et le cou, qu’ils ne peuvent ni changer de place ni tourner la tête, et ne voient que ce qu’ils ont en face. La lumière leur vient d’un feu allumé à une certaine distance en haut derrière eux. Entre ce feu et les captifs s’élève un chemin, le long duquel imagine un petit mur semblable à ces cloisons que les charlatans mettent entre eux et les spectateurs, et au-dessus desquelles apparaissent les merveilles qu’ils montrent. Je vois cela. Figure-toi encore qu’il passe le long de ce mur, des hommes portant des objets de toute sorte qui paraissent ainsi au- dessus du mur, des figures d’hommes et d’animaux en bois ou en pierre, et de mille formes différentes ; et naturellement parmi ceux qui passent, les uns se parlent entre eux, d’autres ne disent rien. Voilà un étrange tableau et d’étranges prisonniers. Voilà pourtant ce que nous sommes. Et d’abord, crois-tu que dans cette situation ils verront autre chose d’eux-mêmes et de ceux qui sont à leurs côtés, que les ombres qui vont se retracer, à la lueur du feu, sur le côté de la caverne exposé à leurs regards ? Non, puisqu’ils sont forcés de rester toute leur vie la tête immobile.

Platon, La République, trad. Victor Cousin (1833). livre VII : le mythe de la caverne.

On fait appel au concept d’illusion pour parler d’effet d’optiques, mais aussi de projections qu’on se fait sur l’avenir (on parlera aussi de désillusions si ces projections ne se réalisent pas), pour parler de magie ou de prestidigitation (un « illusionniste ») pour parler de fausse perception de la réalité, ou de quelqu’un qu’on juge avoir trop d’espoir sur une situation : « il se fait des illusions ». Plus généralement, l’illusion en philosophie et lorsqu’elle est abordée par les écrivains ou les scénaristes, évoque l’illusion métaphysique, ce qu’on approfondira ici. Elle revêt différentes définitions selon les époques ou les auteurs, mais elle rejoint souvent la conception platonicienne que décrit l’Allégorie de la Caverne dans le livre VII de La République. L’illusion du réel serait une évidence, la réalité elle-même ne serait qu’illusion. Le monde des ombres, dans lesquels évoluent les hommes du Mythe de la caverne, ne serait qu’une réflexion, un spectacle de lumière qui cacherait le monde réel. L’illusion est-elle à opposer au concept de réalité dans la la littérature ? Ce qu’on perçoit, le monde sensible, est-il le monde réel ? Peut-on se fier à nos perceptions ? Comment la littérature traduit-elle ces questions métaphysiques ? Quelles sont les différentes visions des auteurs ? Le sujet, ici l’auteur ou le philosophe, doit souvent faire face à des doutes, on le verra avec Tchouang Tseu, Borges ou Descartes. On évoquera ensuite la mise en scène de la réalité qui amuse les dramaturges comme Shakespeare, Corneille, ou le réalisateur Peter Weir. Enfin, on abordera la frontière mince entre l’illusion et le réel que les auteurs aiment illustrer en abordant Lewis Caroll ou Philipp K Dick.

  1. Le doute

Le sujet est représenté face à des doutes, en littérature ou en philosophie. En effet, le monde qui nous entoure ne semble pas suffire à définir le réel. De plus, la réalité peut être trompeuse, comme le rêve. La parabole de Tchouang Tseu illustre ce propos dans le rêve du papillon. Le moine s’endort et rêve alors qu’il est un papillon. C’est en se réveillant qu’une question l’envahit : est-il le moine qui a rêvé ou bien un papillon qui rêve qu’il est un moine ?

« Zhuangzi rêva une fois qu’il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu’il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s’il était Zhuangzi qui avait rêvé qu’il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu’il était Zhuangzi. Entre Zhuangzi et un papillon, il doit bien exister une différence ! C’est ce qu’on appelle la Transformation des choses. »

Tchouang-tseu, Zhuangzi, chapitre II, Discours sur l’identité des choses

Comment savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ? Sans donner de réponse, la question est soulevée. La parabole du moine vient interroger sur la réalité qui nous entoure, et le mystère des rêves. Le Rêve du papillon aussi apparaît dans plusieurs références dans l’essai de Jorge Luis Borges, Nueva refutación del tiempo :

El tiempo es la sustancia de la que estoy hecho.
El tiempo es un río que me arrebata, pero yo soy el río; es un tigre que me destroza, pero yo soy el tigre;
es un fuego que me consume, pero yo soy el fuego. El mundo desgraciadamente, es real; yo, desgraciadamente, soy Borges.

Borges émet l’idée que dans le temps qui existe, la succession des événements ou la continuité temporelle est une illusion. Le temps et ses possibilités d’exploration ludiques et poétiques constituent un des piliers centraux de l’œuvre de Borges. En s’intéressant au point de vue, aux perceptions, il peut avancer l’idée qu’il existe plusieurs dimensions, autant de dimensions que d’expérimentateurs du temps :

“Cada instante es autónomo. Ni la venganza ni el perdón ni las cárceles ni siquiera el olvido pueden modificar el invulnerable pasado. No menos vanos me parecen la esperanza y el miedo, que siempre se refieren a hechos futuros; es decir, a hechos que no nos ocurrirán a nosotros, que somos el minucioso presente. Me dicen que el presente, el specious present de los psicólogos, dura entre unos segundos y una minúscula fracción de segundo; eso dura la historia del universo. Mejor dicho, no hay esa historia, como no hay la vida de un hombre, ni siquiera una de sus noches; cada momento que vivimos existe, no su imaginario conjunto. El universo, la suma de todos los hechos, es una colección no menos ideal que la de todos los caballos con que Shakespeare soñó —¿uno, muchos, ninguno?— entre 1592 y 1594. Agrego: si el tiempo es un proceso mental ¿cómo pueden compartirlo millares de hombres, o aun dos hombres distintos?”.

JORGE LUIS BORGES, Nueva refutación del tiempo. En Obras Completas, Otras Inquisiciones (1952), Emecé Editores, Buenos Aires, 1974, p.762

Borges remet en cause la réalité selon laquelle la temporalité règnerait sur le choses en se plongeant dans le doute sur la perception du temps. Il invite Berkeley et Hume dans ses réflexions poétiques. Les certitudes sont difficiles à identifier. La croyance d’une personne au temps présent est un critère de détermination de l’expérience.

Cela rappelle les questions de Descartes lors des Méditations métaphysiques. Descartes déconstruit la vérité admise par la doxa pour trouver des certitudes. En avançant pas à pas au fil des chapitres, il doute de lui même, de ses rêves, des mathématiques, de Dieu. Qu’est ce qui prouve sa propre existence, alors que, nous confie-t-il, quand il rêve qu’il est habillé il est en fait « tout nu dedans son lit » ? Parfois, donc, les sens sont trompeurs et il est ainsi permis d’en douter. La fameuse conclusion « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode a été corrigée par le philosophe lui même car, il décide d’écrire plus tard « je suis, j’existe » sans la conjonction « donc » qui impliquerait une relation de cause à effet. L’immédiateté et l’interdépendance de l’effet est transmis par la virgule. Ce n’est pas parce qu’il pense qu’il est, mais les deux réalités sont interdépendantes. Le doute métaphysique l’envahit et il construit une stratégie pour trouver des vérités. Il argumente par prolepses, en anticipant tout ce qu’on pourrait contredire, ce qui donne une œuvre philosophique majeure. La méthode employée par Descartes est de déconstruire les vérités par le doute afin de trouver des certitudes absolues, indubitables. La réalité et l’illusion sont liées mais la vérité que Descartes assure avoir trouvée est l’existence du sujet.

Le vertige métaphysique dans lequel plongent ces auteurs pose la question de la frontière entre illusion et réalité. D’autres auteurs choisissent de s’intéresser à cette même question de façon plus ludique, par le jeu théâtral (Shakespeare), la mise en abyme (Corneille) ou la mise en scène de l’idée (Peter Weir).

2. Illusion et représentation

La réalité du monde est mise en scène par la littérature ou le cinéma, sa représentation fait réfléchir les auteurs sur le côté illusoire du monde. Deux thèmes majeurs de l’œuvre de Shakespeare, inspiré entre autres par Sénèque, sont l’illusion et la réalité. Dans Hamlet par exemple, ces thèmes sont centraux. Shakespeare vient brouiller les frontières entre illusion et réalité en illustrant que la distinction n’est pas aussi claire qu’elle paraît. C’est l’individu qui décide ce qui est réel ou non. La connaissance et l’expérience seraient des critères de vérités, mais ils pourraient être trompeur. Hamlet s’ouvre sur la discussion de soldats parlant d’un fantôme ; ce fantôme, pilier de l’intrigue, permet à Shakespeare d’explorer l’illusion et la réalité.

All the world’s a stage,
And all the men and women merely players: They have their exits and their entrances; A nd one man in his time plays many parts.

Shakespeare in As you like it

Corneille lui, met en avant les ambiguïtés entre jeu, réalité, perception et illusion dans L’illusion comique en 1636. Par la mise en abyme sublimée par la comédie, il ouvre une porte de réflexion sur la perception de la réalité. Pridament, le père de Clindor, est désespéré, il n’a pas vu son fils depuis des années. Il va voir le mage Alcandre qui va lui projeter l’illusion de la vie de son fils. Pendant 4 actes, Pridament assiste à la vie de son fils jusqu’à la mort de Clindor. Le dénouement repose sur une mise en abyme et l’apologie de l’art théâtral. Le père de Clindor est finalement le spectateur d’une pièce de théâtre orchestrée par Alcandre. Le théâtre est une illusion, semble vouloir nous dire Corneille, une copie de la réalité, qui elle même serait une illusion. Par un jeu de théâtre dans le théâtre, les personnages trompent et sont trompés.

Le cinéma aborde aussi cette représentation de l’illusion, avec par exemple Truman show de Peter Weir : Truman, interprété brillamment par Jim Carrey, vit un mariage heureux dans un quartier tranquille. Pourtant, quelque chose semble l’intriguer. Il prend peu à peu conscience de certaines incohérences dans sa vie. Après une rencontre perturbante et une longue observation, il est convaincu que son existence est une mise en scène. Le film montre son épopée pour sortir de son monde studio. En effet, il vit sous un dôme imitant le ciel, et sa ville est entourée d’une mer artificielle. Toute son existence est simulée et filmée puis retransmise dans un show de télé réalité depuis l’enfance. Sa famille, ses voisins, ses amis, sont des acteurs ou figurants de l’émission. Le « big brother » aux manettes du show, Christopher, est une sorte de directeur tout puissant de la vie de Truman. Les placements produits de ses amis à des fins publicitaires sont nombreux. Peter Weir s’intéresse au déterminisme en plaçant un homme au centre de toutes les attentions.

Le cinéma ou le théâtre illustrent par leurs mécanismes basiques le jeu de bascule possible entre vérité et représentation, théâtralité et illusion. Il est plus aisé de soutenir une idée via l’histoire que raconte un film ou une pièce, le conte ou la fable. L’imagination, la science fiction et la philosophie restent les media favoris des penseurs contemporains qui se posent la question de l’illusion.

3. Les interrogations contemporaines

On peut se demander où commence le réel, et en quoi la fiction aime imager les minces frontières entre illusion et réalité. Lewis Caroll par exemple, avec Alice, explore des thèmes tels que l’imagination, l’illusion, la conscience, le temps, le rêve, la réalité, le pouvoir. Rêve, hallucinogène, cauchemar ou pays merveilleux ? Le conte fait côtoyer une petite fille à bien des péripéties. Même si l’histoire est connue de tous, surtout par ses reprises cinématographiques (Walt Disney, Tim Burton), la réflexion autour du monde d’Alice est possible : quand commence le rêve ? L’illusion est-elle une fatalité ?

« La réalité, c’est ce qui continue d’exister quand on cesse d’y croire »

Philippe K Dick

Auteur prolifique de sciences fiction du XXème siècle, Philippe K Dick inspire de plus en plus de réalisateurs de films comme Steven Spielberg avec Minority Report ou Ridley Scott avec Blade Runner. Parfois décrié à son époque, un brun paranoïaque, Philippe K. Dick se pose la question de la perception dans chacun de ses ouvrages ; est-elle une illusion ou même un système extérieur créé de toutes pièces par une intelligence supérieure ? Visionnaire, certaines de ses œuvres deviennent prophétie. Il déconstruit la réalité, non pas à la manière de Descartes mais en utilisant la science fiction. Le doute ontologique se fait une place dans le récit futuristes et dystopique. Le roman devient métaphysique. L’auteur s’interroge sur la réalité, la divinité, son existence.

“All we know is that things happen. More accurately, God is the urging-forward force within all things, and all things (if “things” can be spoken of at all) are alive. The ontological matrix is a way in which His urging or thinking is manifested; so in that respect I think it’s not time which moves forward, carrying us with it like a great tide, but that we are driven forward all of us together, animate and inanimate.”
― Philip K. Dick, The Exegesis

K. Dick inspire encore Hollywood, directement ou indirectement. Des films comme Inception ou Matrix ne sont pas tirés de romans de K. Dick mais s’inspirent de plusieurs théories de l’auteur. Les sœurs Wachowski réalisent Matrix : la matrice serait un système alimenté par les êtres humains, et ils seraient même utilisés pour la contrôler. La trilogie, qu’on rapproche souvent du Mythe de la caverne, met en scène Néo, un être lambda au premier abord mais qui se révèle petit à petit être « l’élu », celui qui aurait les capacités de combattre des forces supérieures.

« – Everything begins with choice

– No, Wrong. Choice is an illusion created between those with power and those without »

Matrix des sœurs Wachowski

Par les dialogues entre les personnages, et le scénario construit avec perfectionnisme, les réflexions philosophiques sur l’existence, la perception, Dieu, sont abordées en gardant comme axe majeur la pensée autour de l’illusion. Le personnage de Morpheus par exemple offre la possibilité de sortir de l’illusion de la matrice et de confronter le héros à la réalité, qui est l’expérience de la machine qui exploite les hommes, et les met en danger. Plus récemment, dans Inception, le réalisateur Christopher Nolan nous transporte dans un univers onirique nouveau. Les personnages du film sont en capacités de créer leurs propres rêves, et même de s’insérer dans ceux des autres, afin d’insérer le germe d’une idée qui se développerait dans le monde physique, c’est l’inception. La question centrale du film, avec la scène finale en particulier, est de discerner le moment du rêve de celui du réel. K. Dick inspire aussi la littérature contemporaine, notamment Greg Egan. Ces réflexions illustrées en littérature et au cinéma poussent les penseurs contemporains à s’intéresser à ce domaine, comme le jeune philosophe français chercheur au FNRS François Kammerer. Inspiré entre autres par Wittgenstein, il soutient la thèse contemporaine dérangeante de l’illusionnisme. L’expérience consciente n’existe pas, elle semble simplement exister. On a l’illusion d’entrer dans certains états mentaux. On est surs d’être, au moment présent, conscients. Il nous semble absurde d’avancer que notre conscience est une illusion. La théorie prédit que le jugement personnel d’avoir la certitude d’être conscient sans faire appel à la conscience elle-même est impossible : « Le mécanisme par lequel on s’attribut des états conscients, l’introspection, est très proche de celui par lequel on évalue nos situations épistémiques, c’est à dire ce qui nous apparaît. » La conscience est l’endroit ou ce qui apparaît et la réalité se rejoignent. Cette position contre intuitive et minoritaire dans le monde de la philosophie d’affirmer que la conscience est une illusion que de plus en plus de philosophes suivent ces dix dernières années n’est pourtant pas nouvelle. Le bouddhisme par exemple évoque un monde d’illusions. Même si selon Kammerer « l’immédiateté de l’introspection nous pousse à avancer le contraire », à dire que le monde sensible est tangible, réel, la thèse de l’illusion n’est pas à écarter.

Source : Vidéo Youtube, interview de François Kammerer par Monsieur Phi

Nick bostrom va plus loin avec la théorie de la simulation : il envisage une réalité simulée. Selon ce philosophe suédois, il n’est pas improbable que notre univers soit le fruit d’une simulation. L’être humain a toujours été intéressé par la création d’autres univers : histoires, jeux de rôles, jeux vidéos, réalité virtuelle. De plus, toujours selon Bostrom il n’est pas impossible qu’on atteigne ce qu’il nomme la maturité technologique, qui permettrait de recréer une intelligence artificielle dotée de conscience. Alors qu’est ce qui prouve, se demande-t-il, que la réalité dans laquelle nous évoluons n’est pas une simulation projetée depuis une civilisation plus avancée ?

Voilà précisément, cher Glaucon, l’image de notre condition. L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir : Dieu sait si elle est vraie. Quant à moi, la chose me paraît telle que je vais dire. Aux dernières limites du monde intellectuel, est l’idée du bien qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de beau et de bon ; que dans le monde visible, elle produit la lumière et l’astre de qui elle vient directement ; que dans le monde invisible, c’est elle qui produit directement la vérité et l’intelligence ; qu’il faut enfin avoir les yeux sur cette idée pour se conduire avec sagesse dans la vie privée ou publique.

Platon, La République, trad. Victor Cousin (1833). livre VII : le mythe de la caverne.

Ainsi la réflexion qui pousse les auteurs à s’intéresser à la fiabilité de nos perceptions est commune, et de plus en plus de philosophes et scientifiques s’intéressent à la probabilité d’une telle théorie. Pourtant, il est bienvenu de tempérer cette idée afin de pouvoir apprécier le monde sensible et ce qu’il apporte. On est dans la caverne, y compris dans notre esprit, et malgré le côté terrifiant qu’amène cette idée, il y a une certaine poésie qui se dégage de cette thèse. Le plus souvent, l’illusion n’est pas le contraire de réalité, mais elle s’inscrit dans la réalité, l’illusion est ancrée dans le réel. L’art, selon Hegel, serait une des clés pour accéder à la véracité de l’existence :

« L’art creuse un abîme entre l’apparence et illusion de ce monde mauvais et périssable, d’une part, et le contenu vrai des événements, de l’autre, pour revêtir ces événements et phénomènes d’une réalité plus haute, née de l’esprit. C’est ainsi, encore une fois, que loin d’être, par rapport à la réalité courante, de simples apparences et illusions, les manifestations de l’art possèdent une réalité plus haute et une existence plus vraie. »

G. W. F. Hegel, Introduction à l’Esthétique. Le Beau, S. Jankélévitch, Flammarion, 1979, p. 30.